Suite du 20 mai
La journée me paraît interminable. Je me pose mille et une questions sur le sort d’EMMA. Comment RAOUL peut-il oser ne pas la ramener comme d’habitude le dimanche soir ? Je trouve une lettre sur la table de la cuisine, elle est de RAOUL. Comme depuis un certain temps, je n’accepte plus aucun courrier de sa part pour me protéger nerveusement contre ses violences verbales, ses mots odieux qui me gâchent toujours la journée, et que toute la correspondance passe par l’avocat - comme RAOUL l’avait exigé par écrit depuis 1994 - je ne l’ouvre pas, mais préfère la remettre au cabinet de Maître MATOU mercredi prochain lorsque j’irai en ville.
(Annotation : Elle concernait la sortie du week-end.)
Dans la journée, la maman d’une copine à EMMA me propose de m’accompagner dans un discount. Je suis contente de sa proposition, puisque ces derniers jours, nous avons vraiment gratté les fonds. Ces courses bon marché me permettent d’améliorer un peu notre table et de manger de temps à autre du saucisson et du jambon fumé, produits inabordables dans d’autres boutiques pour mon maigre budget et donc rayés de ma liste des courses depuis fort longtemps, tout comme la viande, le poisson, la charcuterie, les gâteaux ou le chocolat. Il n’y a pas beaucoup de postes sur lesquels je peux encore faire des économies ; mais sur l’alimentation je pourrais éventuellement encore gratter un tout petit peu. Nous avons une alimentation de base, rien de plus. Un melon sur la table est devenu un évènement pour EMMA qui l’apprécie d’autant plus. Heureusement qu’elle se contente de trois fois rien. J’ai abandonné de manger très peu le soir pour faire des économies ; je n’ai pas pu trouver le sommeil avec un estomac grognon ; il vaut mieux manger encore moins dans la journée. Pour me couper la faim, j’ai pris l’habitude de boire une tasse de thé ; ainsi je tiens jusqu’au prochain repas.
Malgré mon piteux état, j’accepte sa proposition qui me permet de ramener sans trop de difficultés le plus gros de nos besoins alimentaires que je n’aurai pas besoin de traîner dans mon caddie depuis Perlieux, et qui m’épargnera la corvée des quatre derniers kilomètres à pieds les jours où je ne trouve pas de chauffeur.
Vers dix-huit heures, je rentre extrêmement fatiguée des courses. Je suis étonnée de trouver les affaires d’EMMA devant la porte d’entrée, mais pas de trace de l’enfant. Je suis soulagée et perplexe en même temps : soulagée, parce qu’EMMA est rentrée, perplexe parce que je me pose la question comment un père responsable peut déposer son enfant de neuf ans devant la porte de la maison et le laisser seul sans avoir la certitude que la mère soit à la maison. Finalement je retrouve EMMA chez la voisine, chez qui elle est allée après avoir trouvé la porte d’entrée fermée. Que je suis soulagée de la retrouver saine et sauve après son voyage éclair à Paris !
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