Après quatre heures de sommeil, ma nuit est terminée ; c’est mieux que rien. J’ai beaucoup de mal à me lever : J’ai la tête qui tourne, je me sens extrêmement faible, rien ne va, mais je dois préparer EMMA pour l’école. J’ai les intestins dérangés et n’arrête pas de monter et de descendre l’escalier avec la plus grande difficulté pour aller aux toilettes situées malheureusement au premier étage. En restant un peu debout, je me sens encore plus affaiblie qu’hier. J’ai du mal à manger, même un tout petit peu, à cause de l’incessante impression de hauts de coeur. Comme le SAMU me l’a conseillé, je téléphone au « médecin de famille » que je n’ai pas. Le médecin me promet de passer dans la soirée. L’attente me paraît interminable. J’ai tout mon temps pour réfléchir, bien qu’avec de très grandes difficultés. Je me rends compte que le téléphone est vital pour nous deux et que je dois le garder à tout prix, quitte à nous priver encore plus sur la nourriture. Heureusement que je n’ai pas fait couper le téléphone comme je l’avais envisagé, il y a quelque temps, pour faire des économies, seul poste que je pourrais encore comprimer pour améliorer un peu notre assiette quotidienne qui ne doit pas dépasser 15 Francs par jour par personne. La cantine pour EMMA coûte déjà 9,50 Francs par jour ; il ne reste donc pas grand-chose pour les trois autres repas. EMMA a appris de se contenter de très peu et ne fait pas la difficile.
En rentrant de l’école elle se rend bien compte que je ne vais pas bien du tout. Tout de suite EMMA commence à faire la vaisselle à laquelle je n’ai pas pu toucher dans la journée à cause des vertiges. Elle ne cesse de me répéter : « Reste dans le fauteuil, ma petite maman, repose-toi. Tu as une grande fille qui s’occupera de la cuisine. » Aussitôt dit, aussitôt fait, elle commence à mettre la table pour le dîner, chose qu’elle ne fait jamais.
Je suis soulagée à l’arrivée du médecin et lui fais un résumé de ce qui m’arrive. Il n’est pas étonné.
« Il ne faut pas toucher à ce genre de médicaments, c’est de la drogue. Il y a de tas de gens qui n’arrivent plus à s’en défaire. Leur comportement et leur personnalité en sont modifiés. Ces psychiatres, ils donnent ces traitements avec grande facilité sans se poser trop de questions comment ensuite sortir les gens de là. »
Sur ce dernier point, je suis d’accord avec lui. Ses propos me confirment mes soupçons et je suis bien contente d’avoir demandé au psychiatre d’arrêter le traitement qu’il me filait depuis environ trois ans SANS demander mon avis. Bien qu’il ait été d’accord de l’arrêter sur ma demande, à aucun moment du traitement, il ne m’a proposé ni la diminution des doses, ni l’arrêt complet du traitement. Pourquoi ? Il ne m’a absolument pas mise au courant de ce qui m’attendait au sevrage. Je me demande dans quel état je vais être après l’arrêt complet des médicaments. Pourquoi ne m’a-t-il pas hospitalisée pour le sevrage, alors que j’ai été hospitalisée pour l’administration du traitement ? Vu mon état, l’hospitalisation aurait été plus que nécessaire pour permettre une surveillance médicale continue et pour me soulager du quotidien que je n’arrive plus à assumer. Mais je sais aussi que sans traitement, je n’aurais probablement pas survécu cette période difficile. Un médecin a-t-il le droit d’empêcher une personne de mettre fin à sa vie ? Je trouve qu’il ne l’a pas. Chacun devrait être libre de vivre sa vie ou libre de vouloir y mettre fin. Personne ne demande de naître, alors pourquoi la Loi nous empêcherait-elle de décider du moment où nous souhaiterions quitter la scène ? J’ai le sentiment que j’ai été entièrement manipulée et cela avec le consentement de mon mari, unique cause de mes problèmes de santé. Lui s’en est tiré indemne, sans médicaments, sans souffrances, tandis que moi, je dois souffrir atrocement.
Pour que je retrouve un peu de force physique, le médecin me fait une ordonnance d’oligo-éléments et pour combattre l’anxiété, un relaxant à base de plantes puisque je refuse catégoriquement de revenir en arrière lorsqu’il suggère un médicament « léger » ; je veux aller en avant. Il me donne raison. Avant de partir, il me souhaite bien du courage dont j’aurais grand besoin.
« Et si ça n’allait pas, donnez-moi un coup de fil. »
C’est d’accord. Mais qu’est-ce qu’il pourra faire de plus pour moi ? Je sais que je dois m’en sortir seule par ma propre volonté, ma propre force, force dont j’ai tellement besoin, mais dont je manque cruellement ; de la volonté, j’en ai, mais je crois que c’est la seule chose qui me reste. Je suis vidée. Le pire pour moi en ce moment, est de me retrouver seule, absolument seule, sans le soutien de personne. Le soutien moral vaut bien un médicament. Mais je n’en ai pas, isolée à la campagne, loin de personnes qui me sont proches, seule avec EMMA trop petite pour pouvoir réellement m’aider, mais si vitale pour moi puisque c’est grâce à elle que j’essaie de m’accrocher. Sans elle, je n’aurais pas trouvé cette féroce volonté de m’en sortir ; mais je sais que je dois l’élever, que je dois être en bonne santé pour assumer cette tâche, que je ne dois pas la laisser tomber en choisissant la solution la plus facile pour moi. Je n’ai pas le droit de briser cette jeune vie, prête à démarrer dans la vie, si joyeuse et heureuse de vivre. Je dois m’accrocher. Pourtant, je n’en peux plus…