16 mai
Je suis surprise que j’ai fait une nuit presque normale. L’épuisement général et le manque de sommeil ont contribué à ce que je m’écroule pendant plusieurs heures d’affilées. Je me réveille couverte de sueur ; ma chemise de nuit est complètement trempée, mes cheveux sont collants. En me levant, je constate que j’ai toujours des vertiges qui me rendent la journée si pénible. Je dois me tenir partout où cela est possible. Je manque d’équilibre. J’ai l’impression que je suis une grande convalescente, mais je suis contente d’avoir tous mes esprits.
Je n’arrive toujours pas à taper à la machine ; mes mains ne m’obéissent pas bien, elles tremblent. C’est le jour de mon cours d’allemand à l’école primaire. Vu mon état, je demande à EMMA de prévenir la maîtresse que je ne pourrai pas assurer le cours pendant quelque temps.
Je passe la journée dans le fauteuil. Dès que je lève un peu la tête, tout recommence à tourner. Je dois rester la tête appuyée au dos du fauteuil. Je n’ai pas l’habitude de ne rien faire toute la journée ; restée ainsi inactive, seule, m’agace. La journée me paraît interminable, puisque je n’arrive même pas à m’assoupir un peu. Je suis condamnée à une complète inactivité et immobilité. J’attends avec impatience le retour d’EMMA ; ce sera mon seul divertissement de la journée. J’espère pouvoir me lever d’ici-là. Sinon, comment ferai-je le dîner ? EMMA sait mettre la table et faire la vaisselle, mais pas encore cuisiner. Attendons … Peut-être la maîtresse d’école passera-t-elle me voir ?
17 mai
J’ai eu de la chance : J’ai pu dormir la nuit dernière !
C’est le week-end du père. RAOUL vient chercher EMMA et me prend ma seule et unique aide ; je dois donc me débrouiller seule comme je le peux. Comme d’habitude, il se gare devant le petit portail où il attend EMMA sans sortir de la voiture. Je ne sais jamais où il l’emmène. Tout ce que j’espère à chaque fois c’est qu’elle revienne, et qu’elle revienne saine et sauve. Je sais que RAOUL n’a pas la moindre idée de mon état de santé et de l’épreuve par laquelle je passe actuellement. Je suis convaincue que de toute façon, cela lui est complètement égal ; jamais il ne m’a posé la moindre question quant à mes problèmes de santé depuis la demande de divorce. Jamais je n’aurais pensé qu’il serait capable d’une attitude aussi inhumaine.
Les vertiges et les sueurs continuent ; je dois changer mes vêtements plusieurs fois dans la journée ; ils sont trempés par une transpiration excessive. Je transpire également beaucoup des mains et des pieds ; je ne pourrais serrer la main à personne, mais cela ne risque pas de m’arriver... Je glisse dans mes chaussures à cause de mes pieds mouillés. Je suis toujours réduite à passer la journée dans le canapé. J’ai l’impression que le fourmillement dans les mains diminue légèrement et que je retrouve une meilleure maîtrise de mes doigts. J’ai le coeur qui fait la course ; c’est une sensation fortement désagréable qui m’inquiète. Mon visage reste comme anesthésié et j’ai toujours des difficultés à articuler. D’un côté, je regrette mon isolement et de l’autre côté, je suis soulagée que je n’aie à parler à personne. Je me rends compte que je suis toujours très mal en point. Heureusement que personne ne me voit dans cet état. Je m’efforce de tenir mon Journal et faire péniblement un peu de courrier, mais écrire à la main est trop pénible.
J’ai donc tout mon temps pour réfléchir sur la situation dans laquelle j’ai été mise par RAOUL et tous les problèmes qu’il a créés. Je prends tout mon courage pour m’installer devant la machine à écrire et rédiger une lettre au Tribunal de Commerce leur signalant une fois de plus que l’Ordonnance du 12 décembre 1996 n’est toujours pas appliquée, Monsieur BOULIER étant toujours en possession des actifs du commerce, de la comptabilité et du véhicule. La rédaction de ce courrier me demande de tels efforts, que je m’écroule aussitôt que la machine est arrêtée.
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