29 novembre
Désespérée, je demande à Maître MATOU de m’assister lors de l’audience du 12 décembre concernant la vente des PRUNELLES. J’ai trop peur de ne pas être capable de faire face aux éventuelles questions ou de commettre une faute. Je suis toujours convaincue que la vente de la propriété n’est pas justifiée vu le montant des dettes de la GOURMANDISE que je pensais régler en grande partie par la vente du matériel professionnel.
(Annotation : Je ne connais pas encore le montant astronomique de l’ensemble des dettes accumulées par RAOUL, je ne sais pas encore qu’on m’en tiendra également responsable et que la liquidation judiciaire tient compte de L’ENSEMBLE des dettes personnelles et non seulement des dettes de l’affaire.)
Les coups bas continuent : L’UTIM m’informe qu’en raison de la liquidation judiciaire de Monsieur BOULIER du 22 juin 1993, aucun remboursement des frais médicaux ne pourra être effectué « puisque aucun plan d’apurement du passif n’a été homologué par le Tribunal de Commerce. »
Cela signifie que tout mon travail de récapitulation, toutes mes lettres à l’UTIM, à l’avocat et à RAOUL ont été inutiles ; nous ne serons pas remboursés des frais médicaux sur deux ans qui s’élèvent à environ 20.000 Francs. J’ai du mal à accepter cela.
3 décembre
A la lecture de la dernière lettre de Maître TOUR, je me rends compte que le syndic a dû mal lire ma lettre de novembre et qu’il a répondu complètement à côté de mes questions.
Il ne semble pas du tout inquiété que Maître CIRE risque de saisir et de vendre aux enchères du matériel stocké au domicile de Monsieur BOULIER pour recouvrer, je ne sais quelles dettes. Il ne me communique pas non plus le montant des dettes déclarées chez Maître CIRE au nom de Monsieur BOULIER comme je le lui avais demandé. Si seulement le syndic voulait prendre le temps de lire le courrier et y répondre correctement !
6 décembre
Je suis étonnée de la réponse rapide de ORGANIC à ma lettre du 1er décembre dans laquelle je leur avais demandé un décompte de mes droits. J’apprends que « L’information que vous nous demandez, relative aux sommes dues par Monsieur BOULIER, ne peut vous être fournie ; nous sommes tenus au secret professionnel ».
Je ne m’attendais pas à ce genre de réponse ! Parce que je suis en instance de divorce, je n’ai pas de droit de connaître la situation auprès des organismes sociaux ! D’après ce que j’ai pu apprendre par divers documents, RAOUL doit environ 57.000 Francs à l’organisme, mais je souhaiterais avoir une confirmation pour en être sûre. Je pense qu’il devrait être possible dans le cadre du divorce, pouvoir obliger RAOUL de régulariser sa situation pour que la mienne soit également à jour afin que mes droits à la retraite puissent être ouverts le jour où je ne serai plus en mesure de travailler. Mais il faut d’abord que je sois renseignée ! C’est une lacune importante dans la Loi. Toute personne en instance de divorce ou divorcée devrait avoir le droit d’être renseignée sur tout ce qui concerne la période de son mariage.
12 décembre
Aujourd’hui se tient l’audience au Tribunal de Commerce. Je me sens très mal à l’aise dans le couloir tristounet. Le temps d’attente me paraît une éternité. Je me sens un peu réconfortée lorsque je vois arriver Maître MATOU. Je lui ai bien fait comprendre que je m’oppose à la vente aux enchères des PRUNELLES que je ne trouve pas justifiée vu le montant des dettes de la GOURMANDISE. S’il fallait absolument vendre la propriété, je suis persuadée qu’il devrait être possible de la vendre correctement et ne pas la brader à tout prix à 900.000 Francs comme l’a demandé le syndic, d’autant plus que l’offre préalable en 1992 s’élevait à plus de deux Millions de Francs. Autant d’en tirer un maximum pour pouvoir régler les créanciers au mieux.
Je ne comprends pas grand-chose aux discussions et laisse parler Maître MATOU. La séance se déroule pratiquement sans moi ; je me demande pourquoi j’ai dû venir, j’ai l’impression d’y perdre mon temps et suis pressée de pouvoir quitter cet endroit funeste. Midi s’approche, je deviens nerveuse, il faudra que je me dépêche si je veux attraper mon bus, sinon je dois attendre jusqu’à ce soir sans rien n’avoir à faire en ville.
Une fois assise dans le bus, qui me dépose à quatre kilomètres de la maison, j’ai tout mon temps pour réfléchir : Je suis toujours aussi sidérée qu’une liquidation judiciaire avec toutes ses suites puisse être prononcée et suivre son cours sans que les Instances n’aient connaissance des documents comptables. J’aurais pu leur raconter n’importe quoi et ils auraient prononcé de la même manière ma liquidation judiciaire. Est-ce normal ? Je me demande ce qui m’attend encore…