4 novembre
Je suis frappée d’interdiction bancaire à la TACO.
(Annotation : Lettre recommandée réceptionnée et gardée par Monsieur BOULIER. Pendant dix ans, je n’ai plus droit d’émettre des chèques.)
6 novembre
Pendant ma courte visite au Moulin des PRUNELLES, j’apprends que les visiteurs d’aujourd’hui semblent intéressés par la propriété, mais ne seraient pas prêts de mettre plus de 900.000 Francs. Il paraît que la présence des gens du voyage, qui se sont installés librement dans la forêt à une bonne centaine de mètres de la maison, sans permis de construire, est très gênante. Jamais nous ne pourrons espérer les 2,2 Millions de Francs, convenu en 1992 avec les occupants actuels, contrat qui à ce jour, n’a pas été honoré.
En revoyant mon chez-moi, pour lequel je m’étais tant investie, jusqu’au bout de mes forces physiques, chez-moi que je croyais l’oeuvre de ma vie, convaincue d’y rester pour le reste de ma vie, mon chez-moi dont je n’ai réellement « profité » que pendant deux ans, qui, enfin, était devenu agréable après quatre années de travaux aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, avant d’avoir été poussée à le quitter sur décision soudaine et autoritaire de RAOUL, je craque à deux reprises. Malgré ma déception et tristesse, je suis contente de voir la maison si bien entretenue par deux hommes qui tiennent à un intérieur soigné et arrangé avec goût. RAOUL qui ne semblait pas s’y être attaché, n’ayant pas laissé sa santé comme moi ni à la maison ni au jardin, pourrait y prendre une leçon. Je pense qu’il vaudrait mieux que je n’y revienne plus…
7 novembre
Monsieur BOULIER réceptionne une deuxième lettre recommandée au nom de Madame BOULIER de la banque TACO concernant l’interdiction bancaire, et ne me la transmet pas.
J’ai l’occasion de rencontrer BETTY, brocanteur pour qui j’avais travaillé occasionnellement. Elle me raconte beaucoup d’histoires de « mauvais payeur » sur RAOUL, histoires qui me font très mal : de problèmes de refus de paiement par Carte Bleue à plusieurs reprises chez eux et ailleurs, comme chez le garagiste chez qui RAOUL prenait l’essence et chez le boulanger pour l’achat de petits fours pendant la Foire de Paris, de son incapacité de tenir ses promesses de paiement, même auprès de petits fournisseurs qu’un ébéniste bien gentil lui avait recommandés.
Je ne peux pas admettre que mon mari ait si mauvaise réputation et si mauvais caractère. Il paraît que RAOUL lui avait toujours payé tout ce que nous lui devions en « peinture KATY », comme elle dit, c’est-à-dire avec mon travail de décoration. Je m’étonnais de ne jamais avoir reçu un SEUL Franc de la part de RAOUL pour mes travaux. Pourtant au départ, il m’avait promis que la recette de ces travaux de décoration serait mon argent de poche ; depuis que je suis mariée, je n’ai jamais eu d’argent de poche. J’étais donc bien contente d’avoir enfin trouvé un moyen pour m’en faire un peu. Il m’arrive quand même de temps à autre d’avoir une petite envie d’un rien du tout et que je ne peux jamais m’offrir faute d’argent à moi.
Cela en est de trop ! Je craque, je pleure, je n’arrive pas à me calmer. J’ai bien fait de venir. Pourquoi BETTY ne m’a-t-elle jamais parlé de tous ces problèmes-là à l’époque ?
Je rentre complètement décomposée et crevée de cet après-midi éprouvant, réalisant que professionnellement, c’était une grave erreur de quitter la région parisienne ; je me retrouve maintenant coincée dans une région faite pour touristes et retraités, alors que je ne suis ni l’un ni l’autre. Je m’inquiète pour l’avenir de notre famille.
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