1er novembre
Ce soir, Madame STADE qui nous loge à Paris jusqu’au retour de mon amie DORLE, est sur les genoux, se plaint d’une tendinite et est d’une humeur exécrable.
« On me met des étrangers sur le dos. J’aurais dû dire non. Je suis trop malade » se plaigne-t-elle. Elle refuse même la télévision à EMMA qui le lui demande pourtant gentiment en criant : « Fiche-moi la paix ! » Choquée, EMMA recule et ne sait pas où se mettre. Moi-même je ne sais pas quoi dire et essaie de la calmer en lui expliquant que cette vieille dame est surmenée. Pour éviter tout autre risque de heurt injuste, je préfère coucher EMMA de bonne heure. Il est impératif que je trouve une solution d’hébergement jusqu’au 11 novembre, date fixe de notre retour. J’ai hâte de me coucher : La journée a été trop fatigante, je suis à la limite de mes forces et j’éviterais ainsi la mauvaise humeur de Madame STADE. Je m’écroule d’épuisement général.
2 novembre
Ce matin, Madame STADE continue à me faire des reproches : que mon histoire n’était pas vraie, « elle est invraisemblable ». Elle a peut-être raison, pourtant elle est bien vraie, puisque je la vis. Elle me répète que je mentais, que la « petite » sera élevée dans le mensonge. Elle ne me croit même pas que j’ai téléphoné pour trouver un autre « hôtel » ; elle m’oblige même de lui montrer ma carte téléphonique. Cette exigence fait déborder le vase chez moi : J’éclate en larmes, je ne peux plus supporter une telle humiliation. D’abord, on me reproche de mentir, alors que je ne dis que la vérité, et ensuite, je dois prouver la véracité de mes propos par la possession d’une carte téléphonique ! Je n’ai rien fait de mal et elle me traite comme si j’étais un malfaiteur. Ce n’est pas ma faute si RAOUL est un tordu et que moi, je dois supporter les conséquences de son comportement odieux, odieux au point qu’on ne veut même plus me croire…
Tout de suite après le petit déjeuner, je vais avec EMMA à la cabine téléphonique pour appeler au secours. Je ne me vois pas rester un instant de plus, je ne supporte plus cette méchanceté, ces accusations injustifiées. J’ai JACQUES au téléphone.
« Nous nous retrouvons à la rue, je ne sais plus où aller, viens nous chercher, tout de suite si possible » je lui demande désespérément. JACQUES me promet de venir nous chercher en début d’après-midi. Je suis soulagée et me dépêche de rassembler nos quelques affaires en comptant les heures qui me paraissent plus longues que d’habitude. J’ai hâte de partir.
JACQUES tient sa promesse et vient nous chercher à l’heure promise. Je respire. Sa mère, NELLY, qui revient chargée de courses qui me laissent rêveur, est étonnée de nous voir chez elle, mais n’a rien contre de nous recevoir.
J’apprends que la mère à RAOUL va prendre un appartement à son nom à Perlieux. Je me demande ce qu’elle va bien en faire ; s’installer en Dordogne ?
Pendant le dîner, je demande ce que RAOUL voulait dire lorsqu’il m’avait traitée de « morue ». Silence.
« Cela veut tout simplement dire « pute » m’explique JACQUES. Je reste perplexe. Cette phrase est tout à fait injustifiée : Je ne fréquente aucun homme depuis que je suis mariée, je n’en ai jamais réellement eu avant le mariage et je n’ai pas la moindre intention de fréquenter un après ce qui m’arrive. J’avais bien compris que RAOUL ne me faisait pas un compliment, mais je n’aurais pas pensé qu’il pouvait être aussi méprisant vis-à-vis de moi.
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