23 octobre
Nous ne dépassons toujours pas les quatorze degrés Celsius dans la maison ; ça me change de l’hôpital. Je plains EMMA qui, à six ans, doit apprendre à vivre dans le froid ! Mais peut-être deviendra-t-elle ainsi plus robuste ? !
Ce matin, RAOUL ne m’adresse pas une seule fois la parole. Je suis surprise de le voir en blouson prêt à partir et lui demande s’il partait même le dimanche.
« Ca se voit, non ? » rétorque-t-il.
GREG part avec lui sans me dire au revoir. Je leur demande s’ils viennent déjeuner à la maison.
« Non. »
« Venez-vous alors dîner ? »
« On verra ça.»
Je ferai donc comme s’ils ne venaient pas. EMMA est contente, et moi aussi. Nous serons seules ; au moins, nous aurons un dimanche tranquille. Jamais je n’aurais pu imaginer que le premier jour après ma sortie d’hôpital, RAOUL ne sera pas à la maison. Cela me prouve qu’il n’a aucune intention de changer son attitude envers moi. Comment allons-nous continuer ?
Je fais du linge, passe l’aspirateur, nettoie la cuisine, range ; petit à petit, la maison reprend forme. Pour me changer les idées des travaux de ménage, nous faisons une petite promenade ; ENNO en profite pour s’échapper. Je ne m’inquiète pas, il nous retrouvera comme d’habitude.
Comme la promenade et les travaux ménagers de ce matin m’ont très fatigué, je fais une longue sieste avec EMMA qui a les yeux cernés de fatigue après avoir passé de longues journées soit au restaurant avec son père, soit à la garderie où elle a été déposée de bonne heure le matin et récupérée tard le soir. Dans l’après-midi, je nous fais des gâteaux et nous allons glaner du maïs pour les poules. Nous sommes en train de terminer les devoirs, lorsque les hommes rentrent. A peine a-t-il mis les pieds dans la cuisine, GREG se met à crier : « Où est le chien ? »
Je lui explique que je l’attends depuis ce matin.
« T’es là toute la journée, t’aurais pu aller le chercher ! Moi, je ne le ferai plus. C’est à toi de le faire ! »
Calmement je lui fais remarquer que jusqu’à présent, c’était toujours moi qui, le soir, allais à la recherche d’ENNO. Eux par contre, en rentrant le soir en VOLVO, passaient devant lui, le laissant au bord de la route, au lieu de le ramener en même temps. Mes réflexions ne plaisent pas à GREG qui recommence à crier. J’ai l’impression, que les médecins ne lui ont pas donné de leçon comment se comporter vis-à-vis d’une personne dépressive qui vient tout juste de rentrer à la maison après un deuxième séjour à l’hôpital. Je suis très triste et me sens épuisée.
RAOUL me reproche que la maison n’est pas rangée malgré tout le temps que j’ai passé ce matin à y mettre de l’ordre et commence à piquer une de ses terrifiantes colères : Il jette mon gilet sur mon lit, pousse la petite cuisinière à EMMA dans ma chambre, jette une boîte à thé vide à ma place et crie : « Tu peux me dire quand il te faut du thé, je ne suis pas un chien, depuis trois jours elle là ! »
Il semble oublier que ça fait UN jour seulement que je suis rentrée à la maison ! Avant mon hospitalisation, j’avais demandé d’apporter du thé du restaurant et j’avais mis la boîte vide comme pense-bête pour RAOUL sur la table dans l’entrée, sans aucune arrière-pensée. RAOUL aurait-il oublié que les médecins lui ont conseillé de ne pas s’énerver suite à son angine de poitrine ?
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