Suite du 23 octobre
GREG revient dans la cuisine. De colère, il saisit les affaires d’école, sur lesquelles nous sommes en train de travailler avec EMMA, livres, cahiers et trousse atterrissent sur le sol de la cuisine. Enervée, EMMA se met à pleurer. Moi, stupéfaite de cette agressivité sans raison apparente, je n’arrive pas à m’expliquer cet accès de colère qui vise sa petite soeur. Les hommes quittent la cuisine ; EMMA et moi, nous y restons toutes les deux énervées à l’extrême. Pour nous consoler, je prépare un goûter tardif que GREG réussit de nous gâcher par ses remarques agressives.
« Petite conne » dit-il à sa soeur, « Vous faites toutes les deux une belle paire de connes. »
J’essaie de le calmer, mais reçois en échange « Ta gueule ! Tu la fermes ! Tu m’emmerdes ! » et d’autres « gentillesses » que je note soigneusement sur un petit papier pour les rajouter à mon calepin, mais GREG me le déchire et le jette. Peut-être vaut-il mieux oublier, bien que de telles scènes ne s’oublient pas. Jamais je n’ai vu autant de haine et d’agressivité dans les yeux de quelqu’un ; je suis profondément attristée par le fait que je dois les voir dans les yeux de mon fils. Je ne m’explique pas comment il peut me traiter ainsi ; je ne lui ai rien fait à part d’avoir essayé de l’éviter pour ne pas provoquer de nouveaux heurts. Je pense qu’il essaie d’imiter le père qui lui, aussi, n’arrête pas de me traiter de tous les noms dont je ne comprends même pas tous, et de me hurler après pour n’importe quoi. Heureusement que je suis sous médicaments et en mesure d’encaisser des coups bas non mérités. Dans mon état « normal », non drogué, je les rendrais immédiatement. Je ne suis pas pour rien un scorpion qui est de nature un battant plein d’énergie, possédant une volonté de fer, qui le rend dur envers lui-même et exigeant envers son entourage. Je ne supporte pas qu’on me fasse subir de l’injustice, cette humiliation sciemment pratiquée pour me détruire, cette volonté de me pousser à bout pour, je ne sais quelle raison. Je pense si je n’étais pas droguée, beaucoup de choses seraient différentes : Je prendrais plus facilement des décisions, j’oserais plus franchement, j’aurais moins de scrupules. Mais je suis droguée, la personnalité du scorpion a pris un coup lui enlevant une bonne partie des ses facultés. Je suis très inquiète.
Attiré par nos voix énervées, RAOUL entre dans la cuisine. Je vois tout de suite qu’il est fou furieux et commence à me reprocher mon comportement « odieux ». Je ne vois rien de « odieux » dans mon comportement et lui demande des explications. Mais il ne m’en donne aucune. Si seulement il me disait ce qui ne va pas ! Je veux sortir de la cuisine, mais RAOUL me barre la porte pour m’empêcher d’aller dire bonne nuit à EMMA qui est déjà au lit. Comment un père peut-il interdire à une mère de dire bonne nuit à son enfant ?
Malgré ma deuxième hospitalisation, l’atmosphère à la maison m’est toujours aussi irrespirable. S’il n’y avait pas EMMA, je crois, je prendrais ma trousse de toilette et me réfugierais une nouvelle fois à l’hôpital. Je me promets de prendre rapidement rendez-vous avec le docteur LARIVE pour lui demander que GREG et RAOUL soient enfin soumis à une thérapie d’anti-agressivité, sinon, je ne tiendrai plus ici. Leur agressivité dépasse toute imagination. Comment peuvent-ils me reprocher que la maison n’a jamais été aussi « bordelique » ? J’ai été hospitalisée dix jours, ensuite j’ai été envoyée en convalescence pendant trois semaines dans le Midi, je suis restée une semaine à la maison, ensuite j’ai été trois semaines en stage informatique suivies immédiatement de neuf jours d’hospitalisation. Je suis rentrée depuis hier seulement et tout doit être parfait pour ces Messieurs qui passent leurs soirées devant la télévision ! J’aurais pensé qu’ils m’auraient préparé une maison accueillante, mais je l’ai retrouvée dégoûtante comme après chacune de mes hospitalisations ! A chaque fois que j’étais à la maternité et après mes deux importantes opérations à six semaines d’intervalle en 1986, j’avais retrouvé une maison en désordre.
Je passe un mauvais dimanche soir ; je croyais naïvement que je serais tranquille, je me suis trompée. Je suis convaincue que ce n’est pas dans cette atmosphère infecte et invivable que je pourrai guérir. Je dois prendre une décision rapidement si je ne veux pas dépérir.
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