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Horreur du mensonge - Suite 89 du PUZZLE DE LA VERITE

14 mars
J’attaque la peinture dans la maison. Dans la chambre, la cage d’escalier et au salon, je peins de la fausse pierre, travail long et fastidieux qui me prendra bien des semaines, mais qui est bien adaptée au cadre. Je n’ai pas peur du travail qui m’attend ; pendant ce temps-là, je ne pense pas trop aux soucis quotidiens.
 
Je me renseigne à la TROC s’il y a eu des ventes ce mois-ci et pour quelle raison il n’y a pas eu de décompte le mois dernier comme RAOUL m’a expliqué. J’apprends qu’il était venu en février se faire payer en espèces 2.000 Francs ; il ne voulait « surtout pas de chèque » comme il leur avait bien précisé, obligeant la directrice d’aller exprès à la banque pour le régler en espèces dans l’après-midi. Elle m’explique que jamais la TROC ne règle les ventes en espèces et est désolée pour moi en s’excusant d’avoir voulu bien faire. Je la crois sincère. Ce qui me chagrine, ce sont les mensonges de RAOUL, mon mari, pas les 2.000 Francs qu’il a empochés. Pourtant il sait que j’ai horreur du mensonge et que j’en tirerai les conséquences ; je le lui avais expliqué, il y a bien des années. Apparemment, il ne m’a pas pris au sérieux. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il pourrait oser me truander. 
 
A ma grande surprise, RAOUL vient me voir au travail pour me demander 1.000 Francs, tout de suite, comme si j’avais une telle somme sur moi. 
« Va donc en chercher à midi à la Poste » me lance-t-il.
Je lui propose 200 Francs pour le dépanner. En présence de mes collègues, RAOUL me rétorque : « Je ne suis pas venu chercher l’aumône ». Je reste perplexe de sa remarque odieuse. Il aurait dû être content que je sois prête à le dépanner avec 200 Francs malgré nos rapports hypertendus. 
« Ma paie de 2.500 Francs n’est pas encore virée sur mon compte et le petit solde n’est pas disponible, il sert de provision pour des factures à venir » je lui explique. 
Mais RAOUL insiste : « Où est ta paie ? » 
Je ne lui réponds plus sachant que cette discussion ne nous mènera nulle part. Mon silence provoque une de ses terrifiantes colères que j’ai dû subir si souvent ces derniers temps. Je sais que RAOUL est un grand coléreux, mais je ne me doutais pas de quelles colères il est capable ; dans ces moments-là, je ne reconnais plus l’homme que j’avais épousé, il y a vingt-trois ans. Plus d’une fois, je me suis posé la question comment je peux encore être la femme d’un tel homme. Je sens que je ne le serai plus pour longtemps. 
« Je n’ai plus un sous » hurle RAOUL à si haute voix que toute la salle de lecture l’entend, et il s’en va en me lançant un regard furieux. Je ne sais pas où me mettre, je voudrais être invisible, j’ai tellement honte ! Que de mépris, que de méchanceté dans ces yeux encore plus globuleux sous la colère ! Comment se fait-il qu’il n’a « plus un sous » ? Ou est allé l’argent du matériel professionnel qu’il a vendu et dont je n’ai rien vu ? Il s’est fait payer plus de 2.000 Francs par la TROC sans m’en donner un seul Franc. Il a encaissé de l’argent chez le tapissier de la vente de tissu de Cashmere et de la comtoise mise en dépôt-vente en commun accord, dont il ne m’a pas remis ma part. Comment se fait-il alors qu’il « n’a plus un sous » ? Je n’ai pas d’explication.
 
Tracassée par d’innombrables questions et énervée par la scène que RAOUL m’a faite, mon déjeuner consistant en mon habituel sandwich à la mayonnaise garni d’un oeuf dur, de quelques tranches de tomate et d’une feuille de salade, est gâché, ce sandwich que je mange depuis que j’ai commencé ce petit travail en août 1995 dont RAOUL avait essayé de me dissuader à tout prix. Il ne comprenait absolument pas que j’avais un grand besoin de sortir enfin de la maison, de me sentir parmi d’autres personnes pour essayer de me changer les idées, pour me remettre petit à petit dans le circuit du travail, même si j’étais sous-payée ; au moins j’aurais un petit salaire à MOI, la première paie depuis 1978 lorsque j’avais abandonné mon poste de secrétaire bilingue pour élever GREG. 
Je me souviens encore de la première feuille de paie de CES, paie pour un demi mois. J’en étais contente, tellement contente de cette petite somme qui était à moi, dont je pouvais disposer comme je l’entendais, c’est-à-dire acheter à manger. 
Mais aujourd’hui, mon sandwich passe mal malgré la mayonnaise. Je suis soulagée pouvoir retourner à mon petit boulot de CES. La saisie informatique d’adresses et de dates est inintéressante, mais me permet d’oublier pendant quelques heures les problèmes auxquels je suis confrontée actuellement en permanence.
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