27 novembre
Aujourd’hui, c’est RAOUL qui m’accompagne à la foire à la brocante. J’espère encore y faire quelques ventes avant Noël. Pendant le trajet, l’atmosphère est tendue. RAOUL me prévient que si j’ai des questions à lui poser, je devais, dès maintenant, les lui soumettre en passant par mon avocat qui les transmettra au sien. Je trouve son exigence complètement folle, puisque je n’ai pas d’avocat pour nos problèmes conjugaux, mais RAOUL ne me croit pas, inutile alors d’insister. Il serait peut-être temps que j’en aie un, effectivement. Vu mon expérience chez Maître ROBE, je n’ai aucune envie de recommencer.
Arrivée à la foire, mes idées noires s’envolent. La journée est calme, les gens ne prennent que des bricoles. Je croyais avoir vendu un coffre décoré, mais les potentiels acheteurs ne sont pas revenus. Pour une petite table en merisier, c’est pareil ; ils vont toujours « réfléchir ». Un exposant m’aide à vendre la nappe brodée de ma grand-mère, nappe dont je me sépare à contrecœur puisque c’est une superbe pièce de famille, un vrai chef-d’œuvre, dont la vente me permettra de me faire une petite réserve à moi pour le cas où je n’obtiendrais plus d’argent de ménage du tout de RAOUL, je m’attends à tout. L’idée d’une cagnotte « nourriture » me rassure.
Le soir, notre voisin vient me chercher. Il ne veut pas être payé pour son service, un « service de voisin » comme il m’explique ; j’insiste pour lui payer au moins l’essence. Une fois de plus je constate que les gens les plus pauvres sont les plus serviables et les moins intéressés.
Rentré la maison, RAOUL ne desserre pas les dents. L’atmosphère est pesante et m’empêche de manger, alors que j’ai faim après avoir juste grignoté un peu dans la journée. Je dois repenser à Madame POMAL qui est passée au stand ; elle veut me traîner devant l’huissier pour que je signe des engagements. Elle ne comprend pas pourquoi je ne l’ai pas appelée pour régler le litige. Mais je n’ai rien à lui dire, c’est à RAOUL de régler l’affaire, c’est LUI le fautif qui fait la sourde oreille. La cliente veut récupérer ses 35.000 Francs correspondant aux travaux que RAOUL aurait dû lui faire ; mais je n’ai pas cette somme. Sa fille n’a pas voulu me serrer la main en disant d’un air méprisant et hautain, se détournant de moi d’un air écoeuré : « Ce n’est pas à vous que je vais serrer la main. »
De tels propos font plaisir, sur un stand de foire, surtout quand on n’a rien, absolument rien à se reprocher ; au contraire, toutes les deux, elles ont été si enchantées de mes travaux de décoration qu’elles m’en avaient rajouté plusieurs fois. Je suis retournée de leur attitude vis-à-vis de moi, alors que j’avais été contente d’avoir fait leur connaissance, me croyant en excellents termes avec ces dames. Je m’entendais si bien avec la cliente qu’elle m’avait même invitée à déjeuner ; j’avais l’espoir qu’elle m’aiderait à m’introduire auprès de nouveaux clients dans la région. Et maintenant ce virage à cent quatre vingt degrés où elles refusent de me serrer la main ! De quoi s’arracher les cheveux ! Je me sens profondément humiliée et blessée ; je dois en remercier RAOUL !
J’apprends ce soir par RAOUL, que suite à ma lettre, le propriétaire de la maison que nous louons, veut nous faire partir pour mars prochain. Pourtant, je lui ai simplement demandé de me faire parvenir une copie du contrat de location pour vérifier le montant du loyer mensuel que RAOUL refuse de me communiquer. Attendons…
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