13 octobre
J’ai RAOUL au téléphone. Je me plains à nouveau du froid qui règne dans la maison. Quatorze degrés Celsius, c’est trop juste pour y rester toute la journée. Je suis gelée au point que je n’arrive plus à me réchauffer. Après réflexion, RAOUL me propose de faire rentrer du fuel en le payant sur un an. Je suis sidérée de sa proposition. S’endetter pour du fuel ! Je préfère faire le point ce soir et prendre une décision ensuite, mais je ne veux pas nous endetter pour du fuel !
Après une journée de grand calme à la GOURMANDISE, RAOUL rentre de mauvais poil. Il trouve à sa place mon petit papier, y jette un coup d’oeil et devient fou furieux de suite.
« Quelle tartine encore ! Qu’est-ce que tu as à me demander combien je dépense par mois pour mon magazine de télévision et mes revues de mots croisés ? » s’écrie-t-il.
« Toi, tu me demandes des justificatifs pour toutes mes courses, même celles du marché pour lesquelles je ne peux pas fournir de justificatifs ! Je note tout, mais toi, tu ne notes rien. Nous sommes extrêmement justes pour le quotidien, nous devons surveiller nos dépenses à tous les deux, pas seulement les miennes, et supprimer celles inutiles, comme par exemple les magazines de télévision et les revues de mots croisés, pour pouvoir acheter du pain à la place.»
Ma réflexion ne plaît pas ; je sens la colère monter en lui.
« Tu as fait exprès parce que ma mère est là » hurle-t-il.
« Ce n’est pas vrai, nous devons simplement voir ces points ensemble depuis longtemps, c’est tout » je lui réplique.
Je n’apprendrai pas grand-chose. RAOUL parcourt la liste et barre d’un trait sec beaucoup de postes sans me donner d’explications. Il m’appelle dans la cuisine pour discuter des points restants. Je lui propose d’aller discuter au salon qui est un peu tempéré par le feu de cheminée pour avoir moins froid. Il refuse ; il ne veut pas discuter en présence de sa mère. Aurait-il des choses à cacher ? Comme je ne vais pas dans la cuisine, RAOUL déchire de colère les papiers. Je peux toujours attendre les réponses, je ne les aurai pas. EMMA dort déjà, ce qui n’empêche pas RAOUL de continuer à crier. GREG qui a entendu son père hurler, descend de sa chambre pour s’y mêler aussi. Je me retrouve en face de deux hommes aux regards menaçants et aux gestes agressifs qui me lancent des grossièretés malgré la présence de ma belle-mère qui doit entendre, mais qui n’intervient pas. Je prends peur et préfère m’enfuir. La seule solution que je vois, c’est d’aller me faire admettre à l’hôpital. Là-bas, ils ne pourront plus m’agresser !
Je téléphone aux Urgences pour prévenir le service. RAOUL est d’accord pour m’y accompagner tout de suite en voiture. Peut-être est-il même content de se débarrasser de moi ; ainsi il n’aura pas à répondre aux questions embarrassantes. Pas un mot pendant tout le trajet. Je pleure. J’ai du mal à respirer. Arrivée à l’hôpital, je pleure toujours. Totalement décomposée, je m’allonge sur la table d’examen, je me sens enfin en sécurité. J’ai du mal à expliquer au médecin pourquoi je viens. Je subis l’examen d’entrée. Je vois RAOUL dans le couloir et demande qu’il soit renvoyé immédiatement à la maison. Je ne veux pas qu’il m’accompagne dans ma chambre. Je suis étonnée d’être admise en « psychiatrie ». La dernière fois j’étais en « médecine », pourquoi alors en « psychiatrie » aujourd’hui ? On me prend les ciseaux, le tricot avec les aiguilles à tricoter, certains vêtements. Je dois me soumettre à un interrogatoire long et pénible. L’infirmière me donne un somnifère ; il est radical. Le sommeil me soulage de ma douleur devenue insupportable.
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