8 - 16 août
Je me retrouve sous calmants et antidépresseurs sans savoir exactement ce que je prends, j’avale ce que l’infirmière me donne. Je dors beaucoup. On veut que je dorme, tant que possible. Quand je dors, je ne pleure plus. Je dois reposer mes nerfs mis à vif par le comportement odieux de mon mari.
A partir du deuxième jour, je suis transférée en « médecine ». Tout le monde est gentil avec moi, je n’en ai plus l’habitude. Depuis longtemps, je peux enfin manger en toute tranquillité, sans qu’on me gâche le repas par des méchancetés ou insultes. J’apprécie. Je me régale. J’ai l’impression que c’est un état exceptionnel, alors que cela devrait être la normale.
Mon entretien avec le psychiatre est relativement court, celui en présence de RAOUL et du psychiatre aussi. Je suis contente lorsque je vois RAOUL partir ; nous n’avons rien à nous dire. On me gardera à l’hôpital au moins jusqu’au 15 août, alors que je pensais naïvement pouvoir repartir aussitôt la piqûre faite.
Je suis inquiète du coût de mon hospitalisation : Il y aura environ 4.200 Francs de frais à ma charge. Comment vais-je pouvoir payer la facture ? Je n’en ai aucune idée.
(Annotation : RAOUL n’a pas réglé les frais à notre charge. Le 30 juillet 1995, le Trésor Public retient 4.269 Francs sur l’indemnité d’occupation des PRUNELLES que les occupants ont dû régler directement suite à une Injonction à Payer, procédure dont je n’étais pas au courant. Pourtant, vu notre situation précaire, nous aurions pu avoir droit à l’aide médicale. Je l’ignorais. Personne à l’hôpital ne m’en avait parlé. RAOUL n’aurait-il pas pu se renseigner et faire les démarches nécessaires ?)
En raison de mon état d’épuisement général, les médecins me conseillent un séjour en maison de repos. Mais j’y vois un gros problème : Je ne pourrais pas m’occuper d’EMMA pendant trois semaines. Avec mon séjour à l’hôpital, cela ferait presque quatre semaines qu’elle aurait été sans moi. Je ne le veux en aucun cas ; je trouverai une autre solution. Partir au bord de la mer toutes les deux chez une amie qui nous prêterait son studio me paraît une meilleure solution. En insistant, j’arrive finalement à convaincre les médecins que cela serait le mieux aussi bien pour l’enfant que pour moi.
Quelques jours après mon admission, j’ai la visite de RAOUL qui est accompagné de sa mère, sa sœur et EMMA. Nous discutons un peu de problèmes professionnels. Je rappelle à RAOUL que je voudrais être radiée de la Chambre des Métiers au plus vite pour ne pas avoir de difficultés avec l’ANPE et l’ASSEDIC qui financent mes stages informatiques auxquels je me suis inscrite pour me mettre à niveau dans l’espoir de pouvoir trouver ainsi plus facilement un petit travail. En effet, je crains qu’on me refuse un poste de salariée si l’agence pour l’emploi apprenait que l’affaire commerciale est inscrite à mon nom. Cette idée ne lui plaît pas et sa réponse standard est comme toujours : « On verra ça ». Très vite RAOUL s’emporte et pique une de ses colères que je commence à bien connaître, mais auxquelles je ne m’habitue pas. Il devient polémique et va même jusqu’à nier d’avoir mis le restaurant à mon nom pour pouvoir devenir plus tard salarié, statut qui lui permettrait une bonne couverture sociale en raison de ses prétendus problèmes de santé. C’est par mon avocat que j’ai appris que, vu le passé professionnel de RAOUL, il ne pouvait probablement pas ouvrir une nouvelle activité à son nom, raison pour laquelle il a tant insisté de faire paraître mon NOM de JEUNE FILLE et non le nom BOULIER sur les documents officiels. Comme j’ai réalisé que je ne sers que de prête-nom, je voudrais complètement me retirer de l’affaire.
Nous voyons encore certains points ensemble, mais très vite, nous commençons à nous disputer, RAOUL me crie après pour un rien et devient de plus en plus désagréable. Je ne le supporte plus et suis vite à bout de nerfs pour fondre en larmes. Malgré mon état décomposé, RAOUL continue à crier et à m’insulter ; même la présence de ses membres de famille et d’EMMA qui n’a que six ans, ne le gêne pas. Personne n’essaie de calmer RAOUL. Pour me protéger, je lui demande de partir. Comment peut-il être aussi odieux avec moi, même à l’hôpital ? Ne voyant personne bouger, je vais voir l’infirmière. Totalement décomposée, je lui demande de me donner un calmant. Je ne veux rien entendre, rien voir, personne, je veux dormir. Qu’il me laisse tranquille, qu’il parte. Vite. Je n’en peux plus. Le calmant me fait oublier mon profond chagrin.
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