mi-mai
J'ai une petite lueur d'espoir : RAOUL m'a promis enfin de me fournir des informations sur notre situation, informations que je lui ai demandées depuis longtemps ; ce sera ce soir ou alors demain.
Je ne m'explique pas l'attitude de RAOUL de refuser catégoriquement tout, à commencer par déposer tous les soirs les recettes de la journée à la banque jusqu'à mettre en vente certains objets pour nous faire un peu d'argent de ménage, dont nous avons cruellement besoin. Pourtant, il y a urgence. Comment peut-il m'interdire d'essayer de vendre nos deux peintures miniatures sur ivoire, objets d'art qui pourraient certainement nous rapporter une somme non négligeable pour nous faire un peu de trésorerie. RAOUL me reproche de ne vouloir parler que de problèmes d'argent. Il ne semble pas réaliser que c'est notre problème numéro UN, même s'il est fort désagréable. J'ai l'impression qu'il ne veut pas voir les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Ce n'est pourtant pas ma faute s'il a créé tant de problèmes financiers, ce n'est pas MOI qui les ai créés, puisque je n'avais jamais de chéquier ni aucun contact avec le monde extérieur, clouée au fond de la campagne depuis 1978, l'année de naissance de GREG. Si seulement il faisait des efforts pour les résoudre, tout serait plus facile !
J'ai de plus en plus l'impression, que RAOUL a décidé de ne plus me parler. Comment faire alors avec un sourd-muet entêté pour résoudre nos problèmes quotidiens ? Je ne vois pas d'autre solution que de faire régulièrement de petits mots que je lui mets à sa place pour ne pas oublier de parler de certains sujets où lui poser des questions incontournables. Mais RAOUL me reproche même le fait de lui poser des questions ! Il se contente de ramasser les papiers qu'il chiffonne la plupart du temps, mais ne me donne aucune réponse. Comment pouvons-nous fonctionner sans communiquer ? Il semble oublier que je suis légalement responsable du salon de thé qu'il a inscrit à mon nom de jeune fille.
Danielle MITTERRAND a bien raison lorsqu'elle disait dans une interview avec la presse allemande :
« J'ai toujours eu tendance à préférer la transparence absolue ; j'aime lorsque les choses sont claires, c'est plus simple. Celui qui ment, porte une lourde charge, c'est si épuisant. Ne vaudrait-il pas mieux partager ses problèmes avec l'autre ? »
Je ne suis même pas en mesure d'obtenir des explications concernant la prise en charge éventuelle des derniers frais d'hospitalisation dont j'ignore tout, ni des informations sur état de santé de mon mari.
« T'auras des explications par écrit cet après-midi ! »
Je sais que je ne les aurai jamais.
Je n'oublierais jamais lorsqu'en 1992, RAOUL revint d'une consultation à l'hôpital pour m'apprendre que le médecin pensait qu'il était atteint de la sclérose en plaques. Cette mauvaise nouvelle m'avait très bouleversée et je me faisais beaucoup de soucis pour notre avenir. Je me souviens encore comment RAOUL passait des heures dans le fauteuil au salon à dormir dans la journée, mais se couchait tard malgré sa grande fatigue. Il avait des problèmes pour marcher, les jambes le faisaient souffrir. Au printemps 1993, RAOUL suivait un traitement « lourd » comme il m'expliquait, mais sans succès. Comme il avait de plus en plus de problèmes avec son oeil gauche, il m'avait même demandé à plusieurs reprises de conduire la VOLVO, ce qu'il n'aurait jamais accepté auparavant. Le picotement dans ses mains continuait aussi. J'étais affolée. A cette époque, RAOUL était très peu à son atelier ; pourtant il n'avait jamais eu un atelier aussi bien. Par contre, il s'absentait souvent pour aller à Paris où il devait aller visiter ses « potentiels clients » de la Foire de Paris 1992 et encaisser le loyer des PRUNELLES qui avait du mal à rentrer tous les mois.
Aux rares questions que j'ose encore sortir, je n'obtiens que des remarques désagréables, dont RAOUL sait parfaitement qu'elles me blessent à coup sûr. Je ne comprends pas pourquoi il ne veut pas me dire qui est son médecin traitant, ni me donner la raison pour laquelle il a arrêté son médicament contre l'hypertension. Tout ce que j'obtiens comme réponse est :
« Cela ne te regarde pas ! »
Si l'état de santé de mon mari ne me regarde plus, alors qu'est-ce qui me regarde encore ? Je crois qu'il y a un vrai problème.
RAOUL me promet d'aller voir le propriétaire du local commercial pour discuter du montant du loyer qui devient insupportable vu l'activité réduite du salon de thé. Il n'est pas d'accord avec moi, que faute de trésorerie, nous ne devrions plus puiser dans la caisse à des fins privées tant que nous n'aurons pas réglé tous les fournisseurs. Je me suis aperçu que RAOUL n'entre plus ses prélèvements dans la caisse enregistreuse. Je me demande ce qu'il a à me cacher et combien d'argent il retire.
Il faudra également régler la facture de cantine pour EMMA qui, paraît-il, est toujours impayée, tout comme la pharmacie et le transport scolaire pour GREG. Il aurait rendez-vous avec le directeur de lycée pour voir s'il ne peut pas nous supprimer une partie des frais scolaires en raison de notre situation précaire. J'avoue je suis étonnée : Mes parents prennent en charge tous les frais scolaires, comme ils l'ont fait depuis des années ; comment se fait-il, que nous ne sommes plus en mesure de régler l'école ? RAOUL, utiliserait-il l'argent de mes parents, destinés à leur petit-fils, pour autre chose ?
Je suis sidérée que le dépôt fait récemment à la banque par RAOUL, a servi à régulariser le compte et non à assurer plusieurs mensualités de loyer d'avance, comme RAOUL me l'avait expliqué auparavant. Qu'est-ce que je peux encore croire de ce que me dit cet homme ? Je ne le sais plus. J'ai tant de doutes. Je me sens en insécurité et je suis tourmentée par l'idée que nous ne sommes plus en mesure de faire face aux frais élémentaires de la vie de tous les jours.
A ce jour, je sais - puisque RAOUL me l'a confirmé - que nous avons des dettes d'environ 50.000 Francs auprès des organismes sociaux, et d'environ 230.000 Francs auprès de trois banques.
Il paraît que son avocat lui aurait conseillé d'arrêter le paiement des mensualités de crédit pour LES PRUNELLES en raison de sa liquidation judiciaire, paiements qu'il n'a donc plus effectués depuis quatre mois. Il ne sait pas pendant combien de temps il peut les retarder. Ayant co-signé le contrat de crédit, je n'apprécie pas qu'il ne m'en ait pas parlé plus tôt. Je me demande même s'il avait le droit de prendre cette décision sans me consulter. Jamais je n'aurais donné mon consentement.
Je suis affolée par l'idée de l'endettement ; nous sommes à plus de 300.000 Francs toutes dettes confondues ! Comment avons-nous pu y arriver ? RAOUL ne me donne aucune explication. Puisque nous sommes mariés sous le régime de la communauté, je suis autant concernée que lui.
L'atmosphère est de plus en plus explosive ; la moindre chose donne lieu à des conflits. Nous avons des scènes terribles à table pour des riens du tout. Je ne supporte plus l'inimaginable agressivité de GREG vis-à-vis de sa soeur de dix ans sa cadette, au caractère doux et facile. Devant les enfants, je me fais traiter à tort de menteuse lorsque j'essaie de leur expliquer, je ne sais plus quoi. Pourtant je n'ai pas menti. Comment allons-nous pouvoir continuer ?
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