16 août
A dix heures, sous une pluie fine incessante, EMMA est déposée par RAOUL devant l'hôtel que je lui avais indiqué, situé non loin de ma résidence pour éviter tout risque de rencontre. Je récupère une enfant très fatiguée. EMMA a passé de très bonnes vacances, mais a une nouvelle à m'annoncer qui, d'après elle, ne me fera certainement pas plaisir.
« Papa va se marier le 25 août avec une Marocaine. »
Je reste perplexe et ne sais quoi dire. Il paraît que la fête de mariage marocaine a déjà eu lieu et sera suivie de l'acte officiel à son retour de France.
D'un coup, l'atmosphère de vacances s'est envolée, je suis confrontée de nouveau aux problèmes non résolus, le passé que j'essaie d'enfouir, remonte à la surface. Je suis infiniment triste, au point que je me renferme sur moi-même, sans aucune envie de discuter. Il vaut mieux que je me taise ; de toute façon, je ne peux rien y changer, et EMMA est si contente d'avoir une belle-mère. Je préfère ne pas lui montrer mes émotions, mon désarroi, ma détresse, mon chagrin et cache mes larmes derrières mes lunettes de soleil.
Ce n'est pas la nouvelle femme dans la vie de RAOUL qui me fait si mal ; de toute façon je savais qu'il ne mènera pas une vie de moine. Mais savoir qu'il n'a pas pu rendre visite à sa fille depuis environ un an et demi, qu'il ne l'avait vue que dix jours en avril 2000 et dix jours en avril 1999, alors qu'il était en mesure de fréquenter une nouvelle femme, cette pensée m'est intolérable ! Quand je pense que RAOUL ne paie plus de pension alimentaire depuis octobre 2000, qu'il ne payait que le strict minimum pour sa fille que l'Ordonnance lui impose, alors qu'il avait les moyens de louer une maison, aller au Casino, entretenir son propre bateau et mener une vie d'homme aisé.
Il paraît que RAOUL gagnerait son procès contre son ancien employeur au Maroc qui lui doit quatre mois de salaires, ce qui lui ferait « une grosse rentrée d'argent ». Il rattraperait ensuite le retard dans les pensions alimentaires. Attendons...
EMMA qui est malheureuse d'être obligée de grandir dans un appartement HLM après avoir connu la joie de vivre dans des maisons avec jardin depuis sa naissance, est impressionnée que son père habite une maison avec une employée à plein temps et qu'il se porte avec l'idée d'acheter une grosse voiture ; il semble avoir oublié que le crédit pour la VOLVO qu'il avait pris à mon insu en 1990, crédit qu'il avait toujours nié, reste à rembourser.
Apparemment, c'est un papa « très cool ». Il peut l'être, lui étant loin des problèmes ahurissants qu'il a créés et qui ne fait rien pour les résoudre. Comment peut-il mener une vie d'homme aisé en sachant qu'il a retiré tout moyen d'existence à sa femme en lui détruisant son activité professionnelle, sa santé, sa maison, sa famille, après l'avoir endettée à vie ? Cette pensée m'est trop douloureuse, les larmes me viennent au réveil, au petit déjeuner, pendant les promenades, à tout moment de la journée. Mes vacances sont définitivement gâchées.
Comment RAOUL a-t-il pu abuser de la confiance de l'être qu'il prétendait aimer et avoir gagné la confiance d'une autre femme ? Ne serait-il pas en train de duper une autre ? Je crains pour l'avenir de sa nouvelle femme et me demande s'il ne vaut pas mieux l'avertir des dangers qu'elle court. Mais comment faire ? Envoyer un cadeau de mariage accompagné d'une lettre, lui téléphoner, la faire contacter par une Marocaine ? Je suis indécise, mais je sais que je dois lui ouvrir les yeux dans son propre intérêt. Je ne suis pas jalouse d'elle, je n'ai aucune raison de l'être puisque je n'éprouve plus aucun sentiment envers RAOUL depuis longtemps déjà, je ne suis même plus capable de sentiments négatifs à son égard. Parfois, je me demande même, si je l'ai réellement aimé, je n'en suis plus sure. Si je pouvais faire un vœu, un seul, ce serait de connaître une seule fois ce qu'on appelle un « amour fou ». Je me rends compte que je n'ai pas vécu, que je suis passée à côté de plein de choses de la vie, que je n'ai pas été souvent heureuse, mais que j'ai été exploitée, que j'ai été isolée, que j'ai été à cent pour cent dépendante de mon mari, situation que j'avais toujours reprochée à ma mère vis-à-vis de mon père, femme qui était soumise aux obligations de femme mariée au service de son mari et mère au foyer, mais bien traitée par son mari qui lui avait assuré une vie confortable stable et protégée, sans soucis majeurs.
Je voudrais me rattraper un peu, mais ne sais pas comment m'y prendre. Puis-je encore refaire ma vie ? EMMA m'avoue souvent qu'elle serait si contente si elle avait à nouveau « une vraie famille avec un papa et une maman », comme les autres ... Mais qui voudrait encore d'une femme de cinquante-deux ans préoccupée à assurer le minimum vital pour exister, isolée socialement, aux problèmes de santé préoccupants, endettée jusqu'au bout de sa vie, femme à l'âme fragilisée à prendre avec des pinces ? Cette personne devrait être un ange, et les anges ne se trouvent qu'au Ciel. A qui puis-je encore faire confiance après avoir été abusée par mon propre mari ? Serais-je encore capable de mener une relation sentimentale normale ? Je n'en sais rien ; tout ce que je sais, c'est que je le souhaite. Entre-temps, je me réfugie dans l'écriture et la peinture...
Pour lire la suite, cliquez Pour revenir au début du PUZZLE DE LA VERITE, cliquez