20 août
Le grand jour du déménagement est arrivé. Il se fait avec trois non-professionnels et une petite fourgonnette qu'on me prête gracieusement. Très vite je commence à regretter ne pas avoir loué un camion ; nous aurions pu gagner beaucoup d'ennuis de chargement et beaucoup de temps. Nous arrêtons vers 23 heures, tous crevés. Je suis arrivée au bout de mes forces dans le vrai sens du mot et réussis à peine à grimper une dernière fois les trois étages. Les hommes voient bien que je ne tienne plus debout et jettent un regard plaintif lorsqu'ils me quittent. Plus jamais ça !
27 - 28 août
Je fais la deuxième partie du déménagement une fois de plus avec des non-professionnels. Quelle corvée ! Je suis totalement lessivée ! Je ne pèse plus que 54 kg, 18 kg de moins qu'il y a deux ans. Plus aucun de mes pantalons ne me va ; ils devraient tous faire deux tailles de moins. Mais je ne peux pas renouveler ma garde-robe ; je sais que la machine à coudre ne chômera pas.
En tout dernier, je déménage les objets fragiles avec l'aide de deux hommes trouvés du jour au lendemain. Tout se passe en hâte ; il faut rendre la camionnette à une heure précise et les hommes doivent partir de bonne heure. Cette course contre la montre me rend extrêmement nerveuse ; j'ai marre d'être obligée de courir ainsi à cause des autres. Même pour toucher leur paie, ils sont pressés, tellement pressés qu'ils n'ont même plus le temps de monter les bacs à plantes, bacs beaucoup trop lourds pour moi pour les porter seule les trois étages. Je suis obligée de les laisser en bas dans l'entrée de l'immeuble en espérant de trouver quelqu'un demain pour m'aider. Comment faire ? Je suis tellement épuisée que je repousse la réponse au lendemain ; je trouverai bien une solution, j'en ai toujours trouvé.
29 août
Je me dépêche tant que je peux pour arranger l'appartement avant le retour de vacances d'EMMA. Je me sens totalement épuisée, mais je veux l'accueillir dans de bonnes conditions. Je suis sur les genoux !
EMMA est heureuse de rentrer après trois semaines de vacances passées avec son père. En découvrant sa « nouvelle maison », elle me répète qu'elle la trouve très jolie, en particulier sa chambre avec les petits perroquets aux murs. Il est vrai, nous avons eu de la chance : le logement est très lumineux, calme et bien orientée. De toutes les fenêtres nous avons la vue sur la campagne, des prés et des bois. Nous entendons le bêlement des moutons qui broutent dans le pré derrière l'immeuble, le chant du coq matin et soir et le chant des oiseaux à longueur de journée et même la nuit, des bruits familiers qui me rappellent les PRUNELLES. J'apprécie beaucoup la loggia qui nous permet de mettre le nez dehors à n'importe quel moment de la journée par n'importe quel temps, faire sécher le linge, prendre un bain de soleil en toute tranquillité et cultiver quelques plantes sur six mètres carrés en remplacement d'un jardin de plus d'un hectare ! En tout cas, nous sommes contentes toutes les deux d'avoir enfin quitté la campagne profonde. Nous devenons des citadines.
31 août - 4 septembre
Après quatre jours d'essai comme standardiste/secrétaire trilingue, j'ai donné mon compte à la plus grande surprise du directeur. Je n'ai pas pu supporter de travailler constamment sous une pression de temps extrême et être obligée de faire cinq choses à la fois, au point de ne trouver à peine le temps de pouvoir aller aux toilettes et même ne pas pouvoir finir mes phrases ! A la place de ce travail volumineux mais inintéressant, j'aurais préféré un travail plus difficile comme la traduction, que je pourrais faire sans être continuellement chassée par tout le monde. Je ne peux pas accepter de rentrer le soir avec des problèmes cardiaques et respiratoires qui m'empêchent de respirer à fond sans avoir mal dans la poitrine, phénomène qui m'inquiète.
Malgré ma ferme volonté de retrouver un emploi pour avoir un salaire qui nous permettrait d'améliorer nos conditions de vie, je n'ai pas non plus envie de me ruiner à nouveau ma santé fragilisée par cinq années à gros problèmes. Je ne veux pas me laisser rendre malade une nouvelle fois par quelqu'un, par le travail pour d'autres ; ma priorité est d'élever EMMA. Une mère malade ne sert à rien à son enfant. Si je devais claquer, elle se retrouverait avec son père, pensée qui me renforce dans mon idée que je dois tout faire pour ne pas claquer. Je me console en me disant que je trouverais bien un petit gagne-pain suffisant pour nous deux...