28 mai
Je vais à ma dernière consultation avec le psychiatre. Il est toujours aussi étonné de mes troubles et maintient sa position qu’ils sont dus à autre chose, sans chercher plus loin, sans faire d’examen ; en aucun cas ils ne sont dus à l’arrêt du traitement, il en est convaincu ! Il ne me donnera pas d’autres explications. Je ne crois pas un mot au médecin et trouve son attitude déplorable. Je suis venue parce que la consultation était prévue, mais je suis venue sans la moindre conviction. Je quitte la consultation soulagée de savoir que c’était la dernière. J’ai toujours appréhendé ces séances auxquelles je venais seule. Je me promets que plus jamais de ma vie, je ne remettrai les pieds dans un service psychiatrique et que je ne prendrai plus jamais des antidépresseurs et calmants, quoi qu’il arrive. Comment RAOUL a-t-il pu laisser faire qu’on me drogue à ce point ? Lui, par contre, n’a pas été soumis à un traitement malgré mes demandes répétées ; pourtant, il en aurait eu grandement besoin ; dès la première consultation, je l’avais réclamé au psychiatre. RAOUL aurait dû être calmé pour qu’il perde sa terrifiante agressivité, aussi bien morale que physique vis-à-vis de moi. Mais rien n’a été fait. Une fois de plus, c’est moi qui me suis retrouvée double victime : victime de mon mari, victime des médecins. Plus jamais un tel traitement ! Je préfèrerais encore souffrir en toute conscience au lieu de me retrouver droguée au point à ne plus percevoir la réalité telle qu’elle est et d’être privée de ma personnalité et de mes facultés. Je reste persuadée que pour me sortir d’affaire, je ne peux et je ne dois compter que sur moi-même et personne d’autre, que tous ces traitements ne sont que des palliatifs, mais qui en aucun cas ne permettent de résoudre quoi que ce soit et qui ne permettent surtout pas de s’attaquer à la racine du mal. Personne ne peut guérir d’un déséquilibre nerveux tant que la CAUSE de ses troubles n’a pas été déterminée et éliminée. Dans mon cas, malgré toutes les explications que j’ai données depuis le début, aussi bien au psychiatre qu’au médecin de service lors de mes hospitalisations, personne n’est intervenu pour remédier à la cause de mon problème de santé, ce qui aurait pu me permettre de voir une porte de sortie que je cherchais en vain désespérément. Ce n’est pas par des médicaments qu’on peut résoudre une situation devenue invivable, mais par des actes, actes que je ne savais plus prendre, puisque je ne savais plus à qui me vouer. Assistante sociale, avocat, syndic, Tribunal de Commerce, voisins, famille, TOUS sont restés inactifs malgré mes incessants appels à l’aide. Je ne l’oublierai jamais…
J’en veux surtout à la famille BOULIER que j’avais mise au courant de nos problèmes de ménage dès 1994. Je suis persuadée que personne ne m’a cru. Je me vois encore en larmes au téléphone à la cave à Elieux en appelant le frère aîné de RAOUL pour qu’il vienne le raisonner ; RAOUL, me semblait-il, avait perdu la raison. Mais jamais il ne s’est déplacé pour me secourir.
En juin 1994, la belle-mère était venue pour garder EMMA pendant une semaine, le temps de mon séjour en Allemagne pour voir mes parents. Je lui avais donné de longues explications, mais je voyais bien qu’elle ne me crut pas. Elle pensait simplement que j’étais trop matérialiste, comme RAOUL me l’avait déjà sorti à plusieurs reprises.
« L’argent ne fait pas le bonheur » osa-t-elle me faire remarquer. J’avais l’impression qu’elle ne voulait pas comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un simple manque d’argent, mais de l’endettement à vie par son fils. Lorsque le strict minimum vital d’une famille n’est plus assuré, je me demande comment on peut tenir de tels propos ! Lorsque l’on doit vivre avec un jeune enfant dans une maison non chauffée et qu’il n’y a pas toujours de quoi acheter le pain quotidien faute d’argent de ménage, je regrette, la préoccupation principale devient alors l’argent. Incomprise par tout le monde, c’est ainsi que j’ai continué à sombrer dans un déséquilibre nerveux aggravé.
Malgré mon mauvais état de santé, me sentant comme dans un brouillard, je vais à la convocation du Tribunal de Commerce. Après une longue attente, rendue encore plus pénible par mes douleurs et vertiges, le Greffier me reçoit. Il me conseille de déposer une plainte auprès du Procureur de la République puisque la plupart des faits énoncés ne relèvent pas de la compétence du Tribunal de Commerce, et une autre pour détournement d’actifs.
« L’huissier ne peut, sans décision de justice spécifique, appréhender un quelconque bien entre les mains de votre mari » m’explique-t-il. J’ai déjà entendu cette chanson. Le Greffier a la gentillesse de m’aider à rédiger la plainte et me promet de la transmettre au Procureur de la République. Je suis si réduite mentalement, que j’oublie de faire une copie pour moi. Je n’ai qu’une hâte : sortir de ce lieu grisâtre pour rentrer à la maison ; je n’en peux plus, je ne tiens plus debout.
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