Novembre
Rentrer le soir du travail de Perlieux devient pénible : Dans les bois, il fait nuit de bonne heure et c’est encore pire par mauvais temps. Souvent, je rentre, chargée des courses, dans une main le parapluie, dans l’autre le caddie débordant que j’ai dû mal à monter la côte, que je maudis plus d’une fois, penchée en avant pour mieux pouvoir tirer ma lourde charge. Mon état physique n’est pas le meilleur. Comme je suis toujours très affaiblie, je dois souvent faire une pause, j’ai trop mal dans les jambes et les bras, mal dans la poitrine, la gorge serrée, je dois reprendre mon souffle avant de pouvoir continuer. Fini l’agréable promenade du soir après le travail, grand bol d’air après une journée passée assise dans un bureau sombre, sans lumière du jour, promenade que je considérais parfois même un privilège par rapport à d’autres, me permettant de respirer à fond les parfums des champs et forêts, renforcés par l’humidité du soir. Les conducteurs des rares voitures qui passent, me lançant parfois un drôle de regard ; oui, je sais, je suis hors norme, je n’ai pas de voiture pour faire les quatre derniers kilomètres, oui je dois rentrer à pieds en guettant toujours le bruit de moteur espérant que quelqu’un aura un peu de pitié avec moi et s’arrêtera pour me prendre, surtout les jours de pluie et de vent ou de grande chaleur. Parfois, je dois marcher longtemps avant qu’une voiture s’arrête. Lorsque j’entends le moteur ralentir, je ressens toujours un grand soulagement. Il m’est déjà arrivé de voyager à l’arrière d’une petite camionnette accroupie sur le plancher, me cramponnant fermement où je pouvais pour essayer de garder mon équilibre dans les nombreux virages. C’est encore mieux de voyager inconfortablement, que de rentrer dix kilomètres à pieds comme cela m’est arrivé l’année dernière lorsque je m’étais présentée dans une maison d’édition pour un poste d’assistante trilingue. Faute de connaissances en informatique, je n’avais pas pu le décrocher, mais l’éditeur avait profité de mes connaissances des langues pour me charger de comparer deux versions d’un texte, travail qui m’avait demandé plusieurs jours, mais - contrairement à mes espoirs - pour lequel il ne m’a jamais rémunérée. Contente de pouvoir me rendre utile, je rentrais à pieds, chargée de deux gros bouquins qui me tiraient sur les bras. Je n’oublierais pas ce chemin retour qui me paraissait interminable !
L’autre jour, une dame s’est étonnée : « Mais vous n’avez pas peur de rentrer en auto stop ? » Je lui avais répondu qu’il ne fallait pas penser à tout ce qui pourrait arriver, que je n’avais pas d’autre choix si je voulais rentrer autour de six heures pour récupérer ma fille à l’école et que jusqu’à présent, tout s’est bien passé. J’avoue, qu’une fois, j’avais hâte de quitter la voiture qui m’avait prise en auto stop, lorsque je m’étais aperçu que le conducteur avait un peu trop bu. Il était gentil, il voulait même m’accompagner jusqu’à la maison. Mais je n’avais qu’une chose en tête : sortir de la voiture, n’importe où pour continuer mon chemin retour à pieds, qu’importe le nombre de kilomètres à faire.
J’avais déjà suggéré à RAOUL de me laisser la VOLVO pour que je puisse plus facilement rentrer, surtout en hiver. Toute la semaine la voiture dort au garage souterrain en ville et ne sert que le week-end lorsque les Messieurs viennent parfois à la maison. Mais RAOUL me refuse le droit de me servir de ce bien de la communauté ; pourtant, il sait comment je rentre tous les soirs, mais ne semble pas se poser de questions ; jamais il n’a abordé ce sujet. J’aurais pensé qu’il me raccompagnerait le soir, qu’il se réorganiserait tant qu’il ne serait pas débordé de travail. Je m’y suis complètement trompée ! Je sais que ce n’est pas RAOUL qui accepterait de faire de l’auto stop !
Vu son refus, je lui ai proposé alors de vendre la VOLVO pour pouvoir acheter deux petites voitures d’occasion pour que chacun de nous puisse bouger librement ; nous serions ainsi à égalité. Mais tout ce que j’ai encaissé n’est qu’un nouveau refus de Monsieur. Son attitude m’enrage, me rend triste, me dégoûte, tout comme son refus est incompréhensible à beaucoup de personnes qui connaissent ma condition. Plus d’une fois, on m’a fait la remarque : « Comment votre mari peut-il vous laisser rentrer en auto stop ? C’est irresponsable de sa part. » Je crois qu’ils ont raison. Dans ces moments-là, gênée à l’extrême, ne sachant pas quoi répondre, je préfère me taire…
6 novembre
En complément au courrier de RAOUL du 3 novembre dont je ne connais pas le contenu, j’envoie mes commentaires à Maître SALLE qui a été chargé par RAOUL du litige avec Madame POMAL en juillet dernier. Je lui confirme la remise de divers objets importants à cette dame, objets qu’elle nie avoir reçus, objets qu’elle n’a jamais réglés suite aux problèmes rencontrés avec Monsieur BOULIER en septembre 1994. Je lui signale que la cliente avait été si contente de mes réalisations qu’elle n’arrêtait pas de rajouter d’autres travaux dont je lui ai fait une bonne partie à titre gracieux et en échange de sa vaisselle. Quant aux objets, je lui avais proposé des paiements échelonnés puisqu’elle prétendait être à court d’argent à ce moment-là, mais jamais, elle n’a réglé quoi que ce soit. Je souligne que rien n’a été fait par écrit pour cette opération puisque j’avais entièrement confiance en la cliente, ne soupçonnant absolument pas quelle tournure allait prendre l’affaire.
21 novembre
Signification des Conclusions de Maître SALLE pour les époux BOULIER dans le litige avec Madame POMAL
(Annotation : RAOUL en avait connaissance, mais pas moi ; document récupéré au cabinet de Maître MATOU en décembre 2001, mais j’en ai pris connaissance seulement en juin 2002.)
25 novembre
La SACEM envoie une lettre recommandée au nom de MADAME BOULIER, réclamant des droits d’auteur de 1.379 Francs pour 1994 et 1995.
(Annotation : La lettre est réceptionnée par RAOUL qui ne me la transmet pas. J’en prends connaissance seulement en mai 1998 lorsque, suite à ma demande, la SACEM m’envoie un double.)
29 novembre
Procès-Verbal d’opposition-jonction dans le litige avec Madame POMAL
Procès-Verbal de Signification « parlant à sa personne ainsi déclarée »
(Annotation : documents obtenus suite à ma demande par Maître TOUR en janvier 2004)
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