12 novembre
Je vois que je dérange RAOUL en lui réclamant les lettres au nom de la GOURMANDISE sans me douter de la colère que pourrait déclencher ma demande : quittant précipitamment la pièce en me bousculant dans la porte, il me menace : « Bientôt, tu seras internée ! »
Cet homme me fait de plus en plus peur ; il me terrorise par son comportement extrêmement agressif continu sans fondement. Peut-il vraiment me faire « interner » ? Est-il possible de faire interner une personne profondément troublée et angoissée, mais saine d’esprit ? Au fond, l’idée qu’il risque de me faire « interner » ne me fait pas peur ; au moins, je serai protégée, à l’abri des agressions répétées que je dois constamment subir à la maison. Mais que deviendrait alors EMMA ?
Arrivé au grenier, RAOUL claque violemment la porte. GREG s’y mêle et me lance d’un regard méchant : « Tu es une conne ! Tu n’es pas ma mère ! J’ai honte de toi, de ton comportement idiot, de tout ce que tu fais ! Tu me fous la merde ! Si tu te la fermais, on serait plus tranquille ! »
Pourtant, je ne dis plus un mot. Nous ne nous disons même plus bonjour, bon soir ou au revoir. Mais de temps à autre, je dois poser des questions inévitables. Je ne me vois pas passer par un avocat pour des questions de la vie quotidienne, comme le docteur LARIVE me l’a conseillé après l’avoir tenu au courant des événements d’hier soir. Il ne voit comme solution que la séparation et aurait préféré que RAOUL déménage plus tôt, pour que je puisse retrouver un certain calme dont j’ai cruellement besoin pour guérir, calme auquel je n’ai pas droit.
13 novembre
C’est dimanche. Je me lève seulement après le départ de RAOUL et GREG qui vont, je ne sais où. Après le petit déjeuner, EMMA et moi, nous faisons une balade dans les bois et ramassons des châtaignes, gourmandise nourrissante et gratuite qui nous rallonge nos repas ; il suffit de se baisser. Nous retrouvons la trace d’ENNO qui a pris l’habitude de sauter par-dessus le grillage pour vivre sa vie en toute liberté dont je l’envie par moments. Nous profitons du temps superbe pour jardiner et apprécions la tranquillité si rare à la maison. Je suis déjà couchée, lorsque j’entends les « bonhommes » rentrer tard dans la soirée. A moitié endormie, je n’ai qu’un seul souhait : qu’ils ne me gâchent pas cette calme journée au dernier moment…
14 novembre
Je me retrouve sans argent de ménage, pourtant je dois payer la garderie de septembre. J’ai reçu un rappel, mais je n’ai jamais vu de facture ; je soupçonne RAOUL de l’avoir interceptée comme tant d’autres courriers qu’il garde pour me cacher des problèmes ; je n’ai pas d’autres explications. Les courriers et coups de téléphone me prennent toute la matinée.
Epuisée, je m’endors profondément à la sieste, repos indispensable pour pouvoir tenir debout le reste de la journée et être à peu près en forme pour la gym ce soir.
J’ai très froid ; dans la cuisine, le thermomètre indique treize degrés Celsius malgré le cube thermique qui souffle toute la journée ! Je crains une bonne facture EDF dont nous n’avons vraiment pas besoin. Me voyant triste, EMMA s’attaque à la vaisselle pour me faire plaisir, elle en est toute fière, et me fait remarquer : « J’ai froid aux pieds, mais chaud aux mains. »
Depuis mon absence, RAOUL n’a pas fait les courses que je lui avais pourtant demandées avant mon départ, il y a deux semaines. Il ignore totalement mes « petits mots », pense-bêtes des choses à voir ensemble. Pourtant, nous devons absolument parler : Je suis sans provisions à la maison, sans argent, sans chauffage. N’est-ce pas des raisons suffisantes pour se parler ? C’est la fin des croquettes pour le chien ; je peux le nourrir encore un seul jour, après il s’attaquera aux poules du voisin s’il a faim. Je vais tomber en panne de gaz pour la cuisine et d’essence pour la tondeuse. Je ne connais toujours pas le montant de notre loyer pour la maison et ne sais pas de combien de mois de loyer nous sommes en retard pour le local commercial. Si seulement nous pouvions être à jour dans tout ! Si seulement RAOUL voulait arrêter son mutisme !
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