4 août
Je n’ai toujours pas de clé pour la boîte aux lettres. Depuis que la mienne est introuvable, RAOUL refuse de me faire un double de la sienne ; je n’ai donc plus accès au courrier. Je suis inquiète et en colère après RAOUL qui réceptionne le courrier, l’ouvre et me le donne seulement après l’avoir lu ; je me demande s’il me remet effectivement tout.
6 août
Comme les reproches continuent à pleuvoir sur moi tous les soirs, je rappelle à RAOUL que depuis longtemps, je souhaite une séparation de son travail et du mien, puisque je me suis rendu compte que nous n’avons pas les mêmes idées et principes au niveau travail, que je lui en avais déjà parlé lorsque nous étions encore aux PRUNELLES, mais qu’il ne voulait pas en entendre parler, que je voyais cette séparation comme seule solution pour sauver notre couple en évitant des frictions entre nous pour des problèmes professionnels. Depuis l’ouverture de la GOURMANDISE, je l’avais prévenu que je donnerais simplement un coup de main au démarrage, mais que par la suite, je me chercherais un autre travail, non seulement pour séparer travail et couple, mais aussi pour améliorer notre revenu qui est insuffisant pour subvenir aux besoins élémentaires de quatre personnes. Sans le chèque mensuel des indemnités d’occupation des PRUNELLES, nous serions à la rue en train de crever de faim. Cette situation n’est pas exagérée, c’est un fait que RAOUL refuse de voir et sa famille aussi que j’avais avertie des problèmes que nous rencontrons, mais j’ai l’impression que personne ne m’a cru et ne me croit toujours pas.
RAOUL me parle d’une lettre de Madame FRAIS, notre ancienne voisine qui lui avait sauvé la vie en 1982, lettre que je n’ai jamais vue. Il paraît qu’elle a essayé de me joindre, mais qu’elle n’a pas réussi à m’avoir au téléphone. C’est normal, j’étais sur le chantier. Elle pense que j’ai quitté RAOUL.
« Tu ne lui as rien dit, hein ? Elle a encore inventé ça ! » s’écrie RAOUL rouge de colère, « tout comme tu m’as débiné auprès de mon meilleur ami à qui tu as dit que je te tue à petit feu ! »
« Je n’ai pas besoin de ta permission pour dire ce que j’ai à dire aux autres » je lui réponds calmement. RAOUL continue à me crier après au point de me faire peur.
« Que cherches-tu avec ton comportement odieux vis-à-vis de moi ? »
« Je te traite comme tu me traites ! » me lance-t-il d’un ton furieux.
Je reste perplexe. J’essaie de rester correcte avec lui malgré ses méchancetés continues. Si certaines de mes questions le dérangent, cela n’est pas ma faute. Il est tout à fait injuste de me reprocher un comportement incorrect. RAOUL continue alors ses reproches : que je l’évitais, que je m’arrangeais pour ne pas le voir, comme l’autre matin, lorsque j’étais dans le jardin en train de couper les mauvaises herbes, que je n’ouvrais plus ma bouche… Il est vrai que j’évite de dire quoi que ce soit pour ne pas me faire insulter et me faire « envoyer balader » par lui chaque fois que j’essaie d’entamer la conversation. De toute façon, avec un peu de chance, je n’obtiens que des « oui » et des « non » et encore ! Je réalise que quoi que je fasse, ce sera toujours le contraire de ce que RAOUL exigerait de moi.
Notre « discussion » m’a totalement épuisée. Avant de me coucher, j’avale deux somnifères accompagnés de deux verres de bière pour être sûre d’être assommée.
Je repense que RAOUL est capable de me ressortir des choses que j’aurais dites, il y a plus de quinze ans, mais qu’il semble avoir des trous de mémoire concernant les évènements actuels comme la gestion et les finances de la GOURMANDISE, le compte en banque, les factures ou les fournisseurs chaque fois que je l’interroge. Il m’a fait remarquer qu’il ne voyait en moi plus du tout la personne qu’il a connue, il y a quelques années. Je pourrais dire la même chose de lui. Peut-être devrait-il commencer à se poser des questions. A quarante-cinq ans, je réagis autrement qu’à vingt-trois ans, surtout après tout ce que RAOUL m’a fait subir, ce qu’il m’a caché et sur tout ce qu’il m’a menti.
« Je l’ai fait pour ton bien » m’a-t-il osé sortir.
Il a donc menti sciemment ce qui est encore pire à mes yeux. Il est vrai, il m’avait déjà parlé une fois de « mensonges pieux ». Il vaut mieux que je dorme…
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