4 mars
Je m'aperçois que je touche de moins en moins à mon Journal depuis un mois ; c'est bon signe ! Mais je dois absolument trouver le temps pour le compléter. Ma vie est actuellement sans problèmes majeurs. Je suis très occupée par les cours de langues étrangères et la peinture décorative, activités qui me donnent bien des satisfactions et me font oublier le lourd fardeau que je porte.
9 mars
Cet après-midi se tient l'audience au Tribunal de Commerce. J'espère que Maître POPA qui me représente, agira pour le mieux dans l'intérêt des créanciers et du mien, c'est-à-dire qu'elle obtienne du délai et un prix de vente plus élevé que celui proposé par les actuels occupants. Je souhaite que la vente des PRUNELLES éponge un maximum de dettes, ce qui n'est pas dit du tout. De toute façon, je n'en aurai jamais un sou ; je me suis fait à cette idée, bien qu'elle me rende bien triste : vingt années de travail, d'économies et d'espoirs perdus à tout jamais ! Mais au moins, une vente à bon prix me permettrait de repartir à zéro et de pouvoir tourner définitivement cette page noire de ma vie.
15 mars
J'ai rendez-vous avec l'assistante sociale pour reconduire mon contrat d'insertion lié au RMI. Nous notons comme points positifs mon poste de vacataire à l'Education Nationale et la reprise de la peinture décorative. Je lui présente le nouveau devis pour la réparation de la RENAULT 4, qui avait été fortement endommagée lors de la tempête de fin d'année, pour qu'elle puisse essayer d'obtenir une aide de financement, vu que je suis en période de démarrage et que la RENAULT 4 est mon outil de travail.
Suite à mon dernier entretien avec Maître POPA, je me lance dans un nouveau courrier à RAOUL dans l'espoir qu'il me répondra pour une fois.
Je lui demande d'approvisionner le compte à la TACO pour que l'interdiction bancaire soit levée et de régler les pénalités. Je lui résume les principaux faits du dossier FRANCFINE et lui rappelle qu'il doit toujours 62.000 Francs plus 5.000 Francs de pénalités et que la falsification d'une signature relève du code pénal. Je lui demande des explications quant à son comportement crapuleux dans l'affaire de la SNIV en lui faisant remarquer que la banque dispose d'un titre exécutoire à mon nom et peut se retourner même contre les enfants tant qu'il n'aura pas réglé ses dettes. Je lui fais remarquer qu'à ce jour, il n'a répondu à aucun de mes nombreux courriers, qu'il n'a donné aucune explication pour avoir endetté la famille de plus de deux millions de Francs et que je souhaiterais enfin obtenir des réponses à mes questions. Je lui reproche ne pas avoir cotisé pour moi à ORGANIC pour assurer ma retraite et ne pas avoir couvert la famille en cas de maladie. Je lui dis que j'ai enfin trouvé la raison de sa mise en liquidation judiciaire, c'est-à-dire la non-cotisation à l'organisme accumulant une dette d'environ 70.000 Francs, et lui reproche de m'avoir caché sa situation.
(pas de réponse)
24 mars
Après mes cours du matin dans le primaire et une journée de formation pour créateurs d'entreprise organisée par la Chambre des Métiers, je file à la gare. J'ai l'impression de revenir vraiment à la vie : Après cours et réunion, je monte à Paris pour un week-end voir des amis et visiter l'Institut Supérieur de Peinture Décorative. Du jamais vu pour moi, moi qui pendant vingt années de mariage ais été clouée à la maison au fin fond de la campagne, accablée des obligations d'une mère de famille consciencieuse, enterrée vivante pendant vingt longues années. Je me sens une nouvelle personne, une personne libre, libre de mes décisions et mouvements dans la limite de mes moyens financiers et de mes obligations vis-à-vis d'EMMA. Je suis tellement contente sur ce quai de gare gris et fourmillant avec mon sac en toile usé et mon pot de rosier dans le bras ! Contente d'avoir réussi de mes propres forces de prendre le dessus. Je suis pleine d'espoir et de projets. Je veux vivre, vivre pleinement. Depuis que je suis passée par l'enfer du sevrage des antidépresseurs et calmants, je vis avec la hantise de ne plus avoir suffisamment de temps pour rattraper tout ce que j'ai raté dans la vie jusqu'à présent. Je vois toujours une limite devant mes yeux, limite d'âge, encore dix ans, peut-être vingt ; plus loin, je n'ose pas y penser, pas encore. Je voudrais avoir dix années de moins. Je triche un peu avec des cheveux éclaircis et une ligne mince, mais surtout par l'oubli de mon âge en construisant des projets de jeune. Seuls mes problèmes de santé me font remettre les pieds sur terre, la polyarthrite et l'hypertension ne font pas de cadeaux. Je veux réussir ma cinquantaine, RAOUL ayant tellement gâché ma quarantaine !
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