3 mars
J'ai rendez-vous avec Maître POPA pour préparer l'audience au Tribunal de Commerce jeudi prochain. Je ne souhaite pas y participer, je ne tiens pas
particulièrement à affronter ces soit disant juges mal préparés et entendre leurs décisions sur un sujet dont ils ignorent les détails. Tout ce qu'il comptera pour eux ce
jour-là, c'est la décision si oui ou non les PRUNELLES seront vendues aux actuels occupants au prix offert de 900.000 Francs plus 100.000 Francs d'indemnité d'occupation. Je sais que je ne
verrai jamais un seul Franc de cette somme-là. Je crains même, qu'il n'y aura même pas assez pour éponger toutes les dettes de la communauté accumulées à mon insu par
RAOUL. Et que deviendra le reste des dettes ?
Je rappelle à Maître POPA que les PRUNELLES ont été estimées à deux millions de Francs en 1991. Vu les dettes propres à la GOURMANDISE que je chiffre à
environ 104.000 Francs plus le prêt du docteur SABELKA de 28.000 Francs majoré des intérêts depuis 1994, plus les créances déclarées chez Maître CIRE, soit 16.000 Francs, j'arrive à environ
148.000 Francs à condition que le prêt personnel de la sœur de RAOUL, ait effectivement été remboursé.
A mes yeux, il n'est donc pas justifié de brader la propriété. Etant donné que ma part à l'indemnité d'occupation des PRUNELLES s'élève à environ 40.000
Francs par an, les dettes de la GOURMANDISE pourraient être réglées très rapidement, d'autant plus que depuis que Monsieur BOULIER a demandé aux occupants de verser depuis mai 1996 le
loyer directement à son syndic, Maître CHARLOT, ma part se montant à environ 146.000 Francs à ce jour.
(Annotation : J'ignore que les occupants ne paient pas régulièrement leur loyer au syndic depuis 1997.)
Maître POPA me confirme que Monsieur BOULIER a fait plus de 2 millions de Francs de dettes. Je suis près des larmes, mais réussis à me maîtriser ;
je ne veux pas pleurer, je ne veux plus pleurer, en tout cas pas en public. Maître POPA appelle Maître CHARLOT pour lui demander une copie de la liste des créances. Elle
m'apprend que la dette vis-à-vis de la ROYAL SAGE a été ramenée à 1,2 millions de Francs, Jugement irrévocable. RAOUL a contesté la créance de 1,5 millions de Francs. En été
1997, lorsque nous nous sommes parlés pour la dernière fois, il m'avait donc menti. Il m'avait parlé d'un procès engagé contre la banque, procès engagé pour faute et qui
d'après lui, devrait éponger TOUTE la dette vis-à-vis de la ROYAL SAGE.
L'avocate me conseille d'accepter l'offre d'achat pour les PRUNELLES, ce qui permettrait de finir de ma liquidation judiciaire. Avec la part qui me
revient, Maître TOUR - qui d'ailleurs, ne sera plus désigné par le Tribunal comme syndic - pourrait assainir tous les postes sans tenir compte des prêts de Madame LOIN-BOULIER et du docteur
SABELKA.
Dans la plupart des dossiers, Maître POPA rencontre les mêmes difficultés que moi : L'adversaire pratique la politique de l'autruche, il ne répond pas aux
nombreux courriers, ce qui bloque tout. Elle ne sait pas non plus comment faire dans ce cas-là. J'aurais pensé qu'un courrier venant d'un avocat aurait plus de poids
qu'un courrier venant de moi. Je me suis trompée, une fois de plus.
Je rentre énervée et n'arrête pas de me poser la même question : Comment RAOUL a-t-il pu faire pour accumuler autant de dettes derrière mon dos ? Je ne trouve
pas de réponse, bien sûr, et je sais que j'en n'aurai jamais. RAOUL garde le silence absolu et les Instances que je croyais compétentes, ne m'aident en rien. Comment un mari
peut-il avoir le droit de mentir à un tel point à sa femme, comment peut-il retenir l'information qui concerne directement sa femme ? Comment un mari peut-il mettre sa femme et son jeune
enfant dans une telle situation de précarité ? Comment peut-il garder cette pensée sur sa conscience ? Un tel homme, a-t-il encore une conscience ? J'en
doute.
Depuis longtemps, je n'ai pas pris un repas en pleurs. Je mange sans aucun appétit mes carottes et ma tranche de jambon, complété d'un yaourt nature et d'une
pomme, mon repas standard vite fait et bon marché. J'essaie de me changer les idées en sortant TOMMY, un TOMMY actuellement fou des chiennes qui n'attend qu'une chose : sortir. La
promenade devient corvée à cause de mon mal de dos qui lance dans les jambes. Mes larmes remontent et je vois flou ; le vent n'arrange rien. J'espère ne rencontrer
personne.
De retour à la maison, j'attaque la décoration d'une potiche : des coquelicots bien rouges, gaies, tortillés dans tous les sens, comme mon âme en ce moment. Je
travaille à toute vitesse, concentrée sur mon sujet. Aujourd'hui, ça marche, mieux qu'hier. Aujourd'hui, je suis triste. C'est toujours ainsi. C'est normal. Faut-il
vraiment être triste pour être créatif ? Il paraît que EMILE ZOLA l'eut constaté avant moi pour dire : « On crée mieux dans la tristesse ».
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